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[nourrir] [trade] Discutez de l'impact de la hausse des prix sur les agriculteurs du Sud


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  • Subject: [nourrir] [trade] Discutez de l'impact de la hausse des prix sur les agriculteurs du Sud
  • Date: Mon, 21 Apr 2008 16:55:04 +0200

**Question 1 : Quelles sont les chances des productions locales dans un 
contexte caractérisé par les marchés mondiaux porteurs ?** 
http://www.nourrirlemonde.org/question1.php

°°°Résumé
Les prix agricoles mondiaux sont en hausse depuis quelques saisons de 
culture, tout en restant soumis à une importante volatilité. En supposant 
qu’ils se transmettront sur les marchés locaux, ces marchés porteurs 
constituent-ils une chance réelle pour faire augmenter la production agricole 
? Si oui, sous quelles conditions ?
Deux agriculteurs, un du Nord et un du Sud, et un expert ont donné leur point 
de vue sur la durabilité de la hausse et la capacité des agriculteurs des 
pays du Sud à en profiter, sur les conditions nécessaires à l’augmentation de 
la production, et à l’indispensable conciliation entre consommateurs et 
producteurs. Retrouvez l’intégral des interviews ci-dessous.°°°

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Le cadrage
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Les prix agricoles mondiaux sont en hausse depuis quelques saisons de 
culture, tout en restant soumis à une importante volatilité. Plusieurs 
raisons à cela:

    * une croissance démographique importante, principalement située dans les 
pays du Sud, qui devrait conduire à une population mondiale de 9 milliards de 
personnes en 2050
    * une hausse de la consommation et une augmentation de la demande en 
produits animaux résultant d'une augmentation des revenus dans les pays du Sud

La flambée des prix agricoles modifie les conditions dans lesquelles les 
agricultures peuvent se développer. A terme, la hausse des prix mondiaux se 
transmettra sur les marchés locaux, ce qui pourrait donner une chance aux 
productions locales. Toutefois, elle se transmettra également aux prix des 
intrants ainsi qu'aux prix à la consommation.

Des marchés porteurs constituent-ils une chance réelle pour faire augmenter 
la production agricole ? Si oui, sous quelles conditions ?

    * Accès aux investissements et aux crédits,
    * Pouvoir renforcé de l’action publique
    * Politique de formation
    * Programme de santé …..

Les marchés sont-ils suffisants? Quelle peut être la contribution des 
politiques publiques pour protéger les intérêts à long terme des agriculteurs 
et éviter les conséquences à court terme, telles que la volatilité des prix 
et l'importation à bas prix pour assurer la sécurité alimentaire?

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Interviews: trois avis
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Deux agriculteurs, un du Nord et un du Sud, et un expert ont répondu à nos 
questions :
- Christian de BOISSIEU, président délégué du Conseil d’Analyse économique 
auprès du premier ministre français et président du Conseil de Prospective 
Européenne et Internationale pour l'Agriculture et l'Alimentation (COPEIAA)
- Ndiogou FALL, Président du ROPPA (Réseau des organisations paysannes et de 
producteurs de l’Afrique), 
- Bernard LAYRE: ancien président Jeunes Agriculteurs (syndicat agricole 
français), chargé de mission auprès du ministre français de l’agriculture

Consultez les interviews complètes 
- Christian de BOISSIEU
Version pdf http://www.nourrirlemonde.org/q1_interview_christiandeboissieu.pdf
- Ndiogou FALL 
Version pdf http://www.nourrirlemonde.org/q1_interview_ndiougoufall.pdf
- Bernard LAYRE  
Version pdf http://www.nourrirlemonde.org/q1_interview_bernardlayre.pdf

N’hésitez pas à réagir à ces interviews, en écrivant à 

 .

---L’intégrale des interviews---

1) *Est ce que la hausse des prix va se poursuivre et profiter aux 
agriculteurs des pays du Sud?*

>*Christian de BOISSIEU* 
« Il faut s’habituer à vivre dans un monde de ressources rares et chères. 
Mais comme le conflit sur l’usage énergétique ou alimentaire des surfaces 
agricoles va probablement s’atténuer un peu, certaines tensions sur les 
marchés pourraient à l’avenir être moins fortes. L’intérêt porté aux 
biocarburants n’est plus ce qu’il était il y a un an. 

Les prix des produits agricoles vont dans les trois prochaines années rester 
à un niveau élevé, ce qui ne les empêchera pas d’évoluer de manière cyclique. 

Dans les pays du Sud, la hausse des cours n’améliorera pas la situation des 
populations, loin de là. En Afrique, de nombreux pays importateurs souffrent 
du niveau élevé des prix des produits agricoles. Les grands producteurs de 
cacao et de café subissent aussi l’augmentation des cours des céréales et du 
lait car le prix des fèves ne profite pas de la mouvance inflationniste qui 
affecte les produits agricoles de première nécessité.»

>*Ndiogou FALL* 
« -La croissance démographique de certaines régions de la planète auparavant 
exportatrices nettes de produits agricoles et aujourd’hui préoccupées à 
satisfaire la demande locale;
  -Le potentiel des ressources naturelles;
  -Les répercussions de la hausse des prix des carburants sur les facteurs de 
production et les coûts de fret, sont autant d’éléments qui laissent penser 
que la hausse des prix des matières premières est un phénomène structurel. 
Ils ne retrouveront  plus leur niveau des années 2000 -2005.

Mais les prix élevés des produits agricoles traduisent surtout un phénomène 
de rattrapage. Il compense leur faiblesse durant les années 2000-2005. Ils 
avaient alors été maintenus dans les pays développés à des niveaux bas, 
souvent en dessous de leur coût de production. Et pour couvrir le 
différentiel de prix, des subventions aussi absurdes qu’insoutenables ont été 
accordées aux agriculteurs de ces pays. La concurrence du Nord envers les 
pays du sud était alors déloyale.»

>*Bernard LAYRE*
« Il est difficile de lire dans le marc de café pour savoir si les prix 
agricoles vont poursuivre leur évolution. Mais la demande, elle, est 
croissante, ce qui laisse présager à moyen terme une conjoncture de prix 
favorable pour les producteurs. 

Les paysans du Sud (ou du Nord) ne peuvent se satisfaire de cette situation: 
il faut anticiper. Ils ne pourront jamais maîtriser certains facteurs (aléas 
climatiques principalement) et par conséquent assurer une production 
constante et suffisante pour répondre aux besoins de la population. Aussi, 
des outils communautaires de gestion de stocks et de régulation des marchés 
s’imposent. Ils contribueront au développement agricole des pays qui en ont 
le plus besoin. 

Compte tenu des risques sanitaires grandissants et, de la diversité des 
normes sociales et environnementales en vigueur dans chaque pays, des 
critères doivent être érigés au sein de l'OMC (Organisation mondiale du 
commerce) pour garantir une équité de traitement. Et ce, en prenant en compte 
les attentes sociétales. »


2) *À quelles conditions les paysans du Sud peuvent augmenter leurs 
productions?*

>*Christian de BOISSIEU* 
« A court terme, la hausse des prix aura un effet très limité sur la 
production agricole des pays du Sud. A long terme, tout dépendra de 
l’élasticité de l’offre, c’est-à-dire de la manière dont la hausse des 
marchés se répercutera tout au long de la chaîne de valeur, du consommateur 
au producteur en passant par les intermédiaires. 

Si les producteurs parviennent à profiter de la hausse des prix, il faut 
s’attendre à une augmentation de l’offre par un accroissement des surfaces 
cultivées et par une intensification des cultures. Mais, de toute façon, la 
réponse du côté de l’offre prendra du temps et elle dépendra aussi des 
politiques publiques menées. »

>*Ndiogou FALL*
 « Le niveau actuel des prix agricoles constitue une opportunité pour 
permettre à l’agriculture des pays du Sud de se refaire une santé.

Les conditions à remplir pour que les paysans augmentent leurs productions 
sont : 
- Conduire des politiques agricoles volontaristes fondées sur la promotion et 
la modernisation des exploitations agricoles familiales et tournées vers la 
satisfaction des marchés locaux et régionaux ;
- Assurer la maîtrise de l’eau mais aussi, faciliter l’accès aux intrants de 
qualité, au financement et à la technologie ;
- Dynamiser la recherche pour sélectionner des variétés adaptées et 
performantes et développer un réseau de conseil agricole;
- Réaliser des infrastructures et créer des marchés agricoles régionaux mieux 
protégés;
- Adopter des politiques commerciales nationales et régionales qui 
préconisent la protection de l’agriculture et des économies. 

Penser que la hausse actuelle des prix peut justifier le renforcement des 
politiques libérales avec des tarifs bas comme c’est le cas au sein de 
l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) serait la pire des 
erreurs. »

>*Bernard LAYRE* 
 « Plusieurs éléments sont nécessaires pour permettre l'augmentation de la 
production :
- la maîtrise de la ressource en eau;
- l'organisation des producteurs et de la production;
- le développement de microcrédits pour permettre l'investissement productif;
- des partenariats avec des producteurs du Nord pour bénéficier de leur 
expérience; 
- d’une réglementation nationale et internationale qui concourent à 
l'autosuffisance alimentaire. »


3) *Les producteurs ont besoin de prix stables et élevés. Les Etats sont 
confrontés aux besoins des consommateurs au pouvoir d'achat parfois très 
faible. Comment concilier ces intérêts apparemment divergents?*

>*Christian de BOISSIEU* 
« Il faut tout mettre en oeuvre pour que les marchés retrouvent une certaine 
stabilité. Même si les prix demeureront volatiles, les producteurs auront 
peut-être une meilleure lisibilité de l’avenir. Les conditions seront alors 
réunies pour accroître leurs productions sur leurs exploitations. 

Pour les consommateurs, le principal débat porte sur leur pouvoir d’achat. 
Ils sont d’autant plus sensibles à ce phénomène que l’inflation des 
étiquettes porte essentiellement, depuis ces derniers mois, sur des achats à 
haute fréquence (alimentation, carburants). D’où l’importance, objective et 
subjective, du maintien du pouvoir d’achat et la nécessité d’articuler d’une 
part des réponses d’urgence, d’autre part des réformes à moyen-long terme 
(exemple, pour nous en Europe, de la réponse de la PAC). »

>*Ndiogou FALL* 
« Les politiques à promouvoir doivent assurer l’équilibre entre l’économique 
et le social, entre les consommateurs et les producteurs, entre les intérêts 
des villes et ceux des campagnes. Ces aspects pris deux par deux ne sont pas 
inconciliables bien que les politiques libérales conduites en Afrique ont pu 
le laisser penser. 

Mais pour que cet équilibre se réalise, la fonction de l’Etat doit être 
restaurée. La réintroduction des instruments de gestion de l’offre démantelés 
pendant les ajustements structurels prend toute son importance. Il en est de 
même des politiques sociales qu’il serait nécessaire de conduire pour 
protéger les populations des villes et des campagnes les plus vulnérables en 
période de crise. »


>*Bernard LAYRE*  
« Non, les intérêts entre les producteurs et les consommateurs ne sont pas 
divergents. Cependant, l'expérience nous apprend qu'une augmentation du prix 
des matières premières à un impact non négligeable sur les prix à la 
consommation. En revanche, lorsque le prix payé au producteur est divisé par 
deux voire plus, le consommateur n'en bénéficie jamais (à titre d’exemple: 
l’effondrement des prix des bovins payés aux producteurs lors des différentes 
crises de l'ESB – encéphalie spongiforme bovine –  n’a pas été répercuté au 
niveau du consommateur).

Pour être moins soumis aux "lois" de l'agro-industrie et de la grande 
distribution, organiser et concentrer l’offre est pour les producteurs une 
question vitale. Une telle opération leur permettrait de concilier leurs 
intérêts avec ceux des consommateurs. 

La question agricole et alimentaire ne doit plus être traitée comme le 
textile, les chaussures, l'automobile ou les transports aériens. Elle doit 
avoir une place à part et unique, dissociée des autres sujets, au sein des 
négociations internationales. Il est urgent d’établir des règles au niveau 
mondial permettant une gestion durable et soucieuse de l'approvisionnement 
alimentaire des hommes sur l’ensemble de la planète. »

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Bibliographie
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> La hausse des cours agricoles, risque ou chance pour l'Afrique? (2 pages, 
> document .pdf)
par Jacques Diouf et Jean-Michel Severino, janvier 2008
http://www.afd.fr/jahia/webdav/site/myjahiasite/users/administrateur/public/article/articles2007/Article-Diouf-JMS%20fr.pdf

>L'Afrique est l'avenir du monde pour la riziculture
par P. Seck, directeur général du Centre du Riz pour l'Afrique (ADRAO)
http://www.africanglobalnews.com/article3660.html

>Compte rendu de la conférence "Hausse des prix agricoles et biocarburants : 
>quelles conséquences pour les pays en développement ?" (4 pages, document 
>.pdf)
par C. Bellora, Fondation FARM, septembre 2007
http://www.fondation-farm.org/IMG/pdf/730.pdf

>Rising food prices, What should be done? (2 pages, document .pdf)
par Joachim Von Braun, avril 2008 - En anglais, rapport IFPRI sur 
l'augmentation des prix agricoles
http://www.ifpri.org/pubs/bp/bp001.pdf

Bonne lecture,

Mathilde, pour l'équipe de coordination


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