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- Subject: [nourrir] Titre **Quels defis environnementaux pour l'accroissement de la production ?**
- Date: Tue, 22 Apr 2008 18:50:44 +0200
Titre **Quels défis environnementaux pour l’accroissement de la production ?**
*Question 3- De quelles façons l'agriculture peut elle contribuer à la
préservation de l'environnement ?*
http://www.nourrirlemonde.org/question3.php
°°°Résumé
L'agriculture a des impacts ambivalents en terme de changement climatique, de
biodiversité et de pollution locale et doit trouver un équilibre afin de
préserver ses facteurs de production. De nombreuses questions se posent sur
la nécessité de produire plus, tout en minimisant l’impact sur
l’environnement. Ces questions sont différentes selon les contextes locaux,
et les technologies impliquées.
Un expert et deux agriculteurs ont accepté de contribuer au débat. Ils ont
donné leur avis sur la conciliation entre augmentation de la production,
sécurité alimentaire et protection de l’environnement, et les enjeux communs
à tous les agriculteurs du monde.
Retrouvez l’intégrale des interviews ci-dessous.°°°
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Cadrage
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- Changement climatique: l'agriculture est une des principales sources de
gaz à effet de serre mais en même temps elle permet de fixer du dioxyde de
carbone (agroforesterie, prairies). Par ailleurs, l'agriculture des pays en
développement peut être la première victime de l'augmentation des
températures et de la baisse de la pluviométrie
- Biodiversité: l'agriculture est accusée de restreindre la biodiversité mais
elle peut gérer des ressources vivantes et des habitats naturels.
- Pollutions locales: certaines pratiques agricoles peuvent provoquer
l'érosion mais d'autres sont source de matière organique.
De façon générale, l'agriculture doit trouver un équilibre afin de préserver
ses facteurs de production.
L'exigence de sécurité alimentaire est-elle compatible avec le respect de
l'environnement? Quels sont les systèmes de production qui permettent de
réduire la consommation d'engrais et de pesticides, sans réduire les
quantités produites?
Les situations d'intensification ne sont pas les mêmes partout. En moyenne,
au niveau mondial, l'augmentation de la production se fait par un
accroissement des rendements. Ce n'est pas le cas en Afrique, où elle se
fait surtout par une augmentation des surfaces. Dans ce cas, comment
raisonner l'intensification pour privilégier l'augmentation durable des
rendements sur les surfaces cultivées plutôt que poursuivre les défrichements?
En Asie, les techniques de la révolution verte plafonnent (il n'y a plus
d'augmentation significative des rendements agricoles), les risques de
dégradation des sols et de pollution des eaux sont forts. Quelles seront les
nouvelles étapes écologiques des systèmes de production? Est-ce qu'une
solution peut provenir de la mise au point de produits chimiques n'ayant pas
d'effets irréversibles sur l'environnement?
Une production plus écologique entraîne souvent des coûts de production plus
élevés et des investissements. Comment ces charges peuvent-elles être
assumées par les agriculteurs des pays en développement ? Les consommateurs
du Sud et du Nord peuvent-ils y contribuer et par quel système de labels?
Faut-il recourir à des financements publics et notamment à de l'aide
internationale?
De nombreux financements internationaux ont des conditionnalités
environnementales, sont-ils réellement accessibles aux agriculteurs du Sud?
Et sinon, comment améliorer cette accessibilité?
Les variétés génétiquement modifiées, comme celles Bt, peuvent-elles
contribuer à la préservation de l'environnement? Comment peut-on encourager
la recherche à s'intéresser à des caractères plus en lien avec
l'environnement, tels que la tolérance à la sécheresse ou la fixation de
l'azote?
La production de biocarburants destinés à l'usage local peut-elle avoir un
intérêt pour les pays en développement? Cet intérêt relève-t-il d'une
politique environnementale? Dans quelle mesure la production de biocarburants
peut-elle améliorer la sécurité énergétique? Son caractère renouvelable
constitue-t-il une option de long terme?
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Interviews: trois avis
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Nous avons demandé à un expert et à deux agriculteurs de contribuer au débat:
*Ibrahima COULIBALY*: Président de la Coordination Nationale des
Organisations Paysannes du Mali (CNOP)
*Michel GRIFFON*: Directeur général adjoint de l’agence nationale de la
recherche française et conseiller auprès du directeur général du Cirad pour
le développement durable (Cirad –Centre de coopération internationale en
recherche agronomique pour le développement)
*Christiane LAMBERT*: Vice présidente de la FNSEA (Fédération nationale des
exploitants agricoles –1er syndicat agricole français)
Consultez les interviews complètes
http://www.nourrirlemonde.org/question3itw-cou.pdf
http://www.nourrirlemonde.org/question3itw-gri.pdf
http://www.nourrirlemonde.org/question3itw-lam.pdf
N’hésitez pas à réagir à ces interviews, en écrivant à
.
---L’intégrale des interviews---
1) *Les systèmes de production disponibles pour les Pays du Sud
permettent-ils d’accroître la production agricole tout en préservant les
ressources naturelles ? En d’autres termes, comment intensifier pour éviter
la déforestation ? Quelles sont les voies les plus prometteuses pour les
années qui viennent ?*
>
*Ibrahima COULIBALY*
« C‘est en tirant les leçons du passé que l’on trouvera les réponses à cette
question. Ainsi, il s’avère que c’est le développement des cultures
intensives destinées à l’exportation, comme par exemple le coton au Mali, qui
sont à l’origine des déforestations massives. Et non pas les cultures
vivrières.
Avant la période d’ajustement structurel des années 1980, les politiques
agricoles nationales avaient permis à de nombreux pays subsahariens d’être
autosuffisants. Encore aujourd’hui, en année de bonne pluviométrie, le Mali
parvient à dégager jusqu’à un million de tonnes de céréales d’excèdent. Et
cela, sans intensification.
Autre phénomène inhérent au coton, la pression foncière. Dans les zones qui
ne produisent que des céréales, ce phénomène n’est pas très accusé.
Aussi, ce n’est pas l’intensification de l’agriculture qu’il faut promouvoir
mais une reconversion des terres au profit des productions agricoles
vivrières. C’est à cette condition que les pays subsahariens retrouveront une
plus grande sécurité alimentaire.
Les campagnes ne sont pas touchées par l’inflation actuelle des prix à la
consommation et par les émeutes qu’elle génère. Les paysans pourvoient à
leurs besoins en se reposant sur leurs productions locales. En revanche, les
programmes d’ajustements structurels ont fait de nos pays des importateurs
des grandes quantités de nourritures, aujourd’hui très onéreuses, pour
satisfaire les besoins croissants d’une population urbaine qui s’est
détournée des produits locaux pourtant bien meilleurs marché.»
>
*Michel GRIFFON*
« Il est possible de concilier accroissement de la production et respect de
l'environnement, en veillant en particulier au renouvellement des ressources
naturelles. Depuis longtemps, ce problème s'est posé dans de nombreuses
régions de la planète. Par exemple, celles où l'érosion éolienne est
importante ou encore, où les sols sont fragiles. Cette question est devenue
un problème mondial récurrent depuis le début des années 1990, lorsque l'on a
observé, dans les grandes régions productrices, le plafonnement des
rendements et les conséquences sur l’environnement des pratiques culturales
utilisées : baisse des nappes phréatiques, pollutions dues à l’emploi massif
d’engrais et de produits phytosanitaires, salinisation des sols,
déforestation …
Tous les experts s’accordent à dire que la réponse à ces problèmes réside
dans le développement d’une agriculture qui utilise mieux et plus
intensivement les fonctionnalités naturelles des écosystèmes. Les
qualificatifs à ce sujet ne manquent pas: agriculture écologiquement
intensive, agriculture à haute valeur environnementale, révolution doublement
verte, agro-écologie, éco-agriculture, agriculture de conservation... »
>
*Christiane LAMBERT*
« La souveraineté alimentaire n’est pas synonyme de déforestation. Michel
Griffon et d’autres scientifiques reconnus démontrent qu’une agriculture
écologiquement intensive est tout à fait envisageable. De nombreuses régions
du Monde disposent de potentiels de production peu exploités.
La situation actuelle des prix est une opportunité pour redonner leur chance
aux agricultures de Sud et pour assurer la rémunération du travail des
paysans.
Toute la difficulté réside cependant dans la capacité de mobiliser l’ensemble
des moyens de production (accès au foncier et les problèmes causés par son
artificialisation, à l’eau, aux intrants) tout en prenant en compte les
particularités locales. Il faut aussi favoriser la diffusion du progrès
technique et prendre à bras le corps les problèmes logistiques (acheminement,
distribution). De tels programmes supposent une réelle volonté politique de
promouvoir la production agricole, de financer de nouvelles infrastructures
et d’investir dans la formation. »
2) *Les agriculteurs du Sud sont confrontés à la priorité de la sécurité
alimentaire. Quelles sont les raisons qui les incitent à modifier leurs
systèmes de production pour prendre en compte les effets sur les ressources
naturelles ?*
>
*Ibrahima COULIBALY*
« Au Mali, les paysans dressent un bilan écologique et économique sévère de
la monoculture du coton. Bien que souvent analphabètes et avec pour seule
formation celle de leurs pratiques, ils ont constaté que c’est dans les
régions où cette monoculture est pratiquée que le potentiel de production des
terres diminue et que l’avenir de l’agriculture est menacé. Cette prise de
conscience les pousse maintenant à donner plus de place à l’agriculture
vivrière surtout depuis que le prix du coton ne paye plus les producteurs.
Le retour à des systèmes intégrés qui associent l’élevage et la culture
assurera à la fois la préservation de la ressource naturelle et une plus
grande sécurité alimentaire pour le pays. Les engrais organiques sont le
meilleur rempart contre l’érosion des sols qui affecte considérablement les
champs où le coton est produit.
Basés sur l’exploitation intensive du vivant et du potentiel de production
naturel des sols et de la nature, ces systèmes rendent les paysans moins
dépendants des intrants et des pesticides.
Peu endettés et par conséquent libérés de tout engagement financier, les
paysans redeviennent leur propre maître sur des systèmes durables. »
>
*Michel GRIFFON*
« Trois raisons incitent les agriculteurs du Sud à modifier leurs systèmes de
production. La première est la hausse des prix de l'énergie qui rend le
travail du sol et l’emploi des engrais très onéreux. La deuxième raison est
le risque de pollution lié à l’utilisation des produits phytosanitaires. Et
la troisième est la raréfaction de la ressource en eau employée pour
l’irrigation des cultures.
Dans un nouveau contexte de rareté des intrants, le recours à des formules
permettant de mieux utiliser les ressources naturelles est une priorité. »
>
*Christiane LAMBERT*
« La situation est très différente d’un pays à l’autre et il ne faut pas
globaliser les agricultures dites « du Sud ». Ainsi le Brésil ou l’Indonésie
ont fait le choix d’un développement massif des surfaces consacrées aux
cultures d’exportation - soja, huile de palme – qui se traduit par une
déforestation inquiétante et par le déclin des cultures vivrières. Dans la
plupart des pays d’Afrique, la situation est différente. Le défi à relever
réside dans leur capacité à mobiliser les moyens leur permettant de valoriser
durablement le potentiel de leurs sols et de leur eau et, d’augmenter la
productivité des terres destinées aux cultures vivrières. Les pays africains
doivent aussi pouvoir se protéger d’une concurrence internationale débridée.
Ces choix sont cruciaux. La sécurité alimentaire doit redevenir la priorité
qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être. »
3) *L’agriculture durable est un enjeu pour tous les agriculteurs du monde. Y
a t il des intérêts communs au Nord et au Sud et des dynamiques convergentes
?*
>
*Ibrahima COULIBALY*
« Le principal intérêt commun entre les agriculteurs du Nord et du Sud sur
cette question est le « cordon de la bourse ». L’agriculture durable reposera
certes sur des dynamiques différentes mais elles seront néanmoins
convergentes autour des questions de revenus. Seuls des prix rémunérateurs et
des charges peu élevées contribueront à assurer la pérennité des
exploitations et à consolider leurs assises financières.
L’agriculture durable est la seule stratégie payante. C’est par exemple la
production biologique au Nord, le retour à des systèmes de production fermés
au Sud (production de fumier grâce à l’élevage), peu dépendants d’intrants et
peu exigeants en financements extérieurs. C’est à cette condition que les
paysans du Sud, faiblement endettés et soumis à aucune saisie sur leurs
équipements ou récoltes pour payer les intrants pris à crédit, s’en sortiront
le mieux. »
>
*Michel GRIFFON*
« Les nouvelles contraintes écologiques et économiques qui s'exercent sur
l'agriculture concernent aussi bien les agricultures du Nord que celles du
Sud. Elles devront toutes y faire face malgré les différences de techniques
employées, qui tiennent à leur inscription dans l'écologie locale. « Toutes
les agricultures du Monde seront en effet nécessaires pour faire face aux
besoins des populations à l'échelle mondiale », rappelle, du reste, Edgard
Pisani.
Mais il restera à faire en sorte que les règles du jeu international
permettent aux agricultures du Sud, encore peu performantes, de ne pas être
concurrencées dans leur phase de croissance par les agricultures
exportatrices du Nord. C'est un problème d’intérêt général, puisque nous
sommes dorénavant dans un système économique mondialisé. »
>
*Christiane LAMBERT*
« Au Nord comme au Sud se pose la question de la durabilité de l’agriculture.
Elle doit s’exprimer sous trois aspects : environnemental, social et
économique. Une famille d’agriculteurs qui vit de son métier est attachée à
entretenir et à valoriser son outil de travail et, à pouvoir le transmettre à
ses enfants. Tels sont les enjeux des politiques publiques à conduire et des
négociations en cours à l’OMC. Or le cycle pour le développement de Doha
montre aujourd’hui clairement ses limites. Les discussions en cours ne
militent pas en faveur de la durabilité des agricultures du Monde. Elles
remettent en cause les modèles de production tant dans les pays développés
que dans les pays en développement. Ces négociations rendent l’agriculture
des pays importateurs nets encore plus vulnérable et donnent la part belle
aux agro exportateurs.
L’agitation des marchés impacte durement les pays les plus pauvres. Elle
suscite des interrogations fortes dans les pays développés alors que le
budget consacré à l’alimentation représente moins de 15% des dépenses des
ménages. Cette situation démontre une nouvelle fois l’intérêt des citoyens et
des consommateurs de la planète de disposer d’outils de régulation et
d’anticipation des marchés ainsi que des outils de gestion des risques et des
crises. La main invisible du marché et des spéculateurs n’agit pas au profit
des plus vulnérables. L’existence d’une agriculture dynamique, à même de
rémunérer les coûts de production et le travail, conditionne le maintien de
l’activité dans les territoires. Elle constitue un frein à l’exode rural. Par
conséquent, les gouvernements doivent reprendre conscience des enjeux de
l’agriculture et des politiques agricoles à mettre en place. Ils vont bien
au-delà des seuls intérêts des producteurs. Ils concernent les territoires et
les économies locales. »
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Bibliographie
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Payer les agriculteurs pour protéger l'environnement?
Salle de Presse de la FAO, novembre 2007
http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000698/index.html
Bonne lecture,
Cordialement,
Mathilde, pour l'équipe de coordination.
- [nourrir] Titre **Quels defis environnementaux pour l'accroissement de la production ?**, Coordination
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