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[nourrir] [trade]La hausse des prix captée par les entreprises multinationales


Chronologique Discussions 
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  • Subject: [nourrir] [trade]La hausse des prix captée par les entreprises multinationales
  • Date: Wed, 23 Apr 2008 10:04:52 +0200

Titre **La hausse des prix captée par les entreprises multinationales **

°°°Nicolas SALLIOU, agro-économiste, chargé des standards à FLO (Fairtrade 
Labelling Organization),  se présente et répond à la question 1. Il pense, 
comme l’ont dit certaines personnes interviewées, que la hausse des prix 
n'aura qu'un impact très faible sur la situation des producteurs. Selon lui, 
la structure des marchés est telle que la conjoncture favorable permettra 
surtout aux entreprises de l'agro-industrie d’augmenter leurs profits.°°°

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Nicolas SALLIOU se présente
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Chargé des standards à FLO (Fairtrade Labelling Organization)
Spécialisé dans l'élaboration des prix minimum du commerce équitable
Formation d'agro-économiste à l'Agro Paris


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Question 1 : Quelles sont les chances des productions locales dans un 
contexte caractérisé par les marchés mondiaux porteurs ?
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Mon parcours universitaire m'a amené à explorer des outils de réduction des 
inégalités dans le monde rural. Micro-crédit au Bangladesh, réforme agraire 
chaviste au Venezuela et commerce équitable au Pérou m'ont amené à cerner les 
poins forts et les faiblesses de ces trois outils de réduction des 
inégalités. Ayant aussi travaillé au sein de Max Havelaar France, je suis 
aujourd'hui au sein de FLO et je suis chargé de l'élaboration des prix 
planchers du commerce équitable.

Comme le disent plusieurs des intervenants interviewés, la hausse des prix 
n'aura qu'un impact très faible sur la situation des producteurs. Comme le 
dit Mr Fall "La hausse des prix traduit surtout un rattrapage". Rattrapage 
qui sera bien insuffisant puisque comme le dit Mr Boissieu "les cours 
n'amélioreront pas la situation des populations". En effet, comme il le 
développe plus loin, pour les producteurs orientés vers des cultures de rente 
et/ou d'exportation, la montée des prix de ces matières premières est 
pénalisée par celle des denrées de bases (puisque les producteurs sont aussi 
des consommateurs).

De plus, comme le dit Mr Layre, la conjoncture favorable des prix agricoles, 
qui a de fortes chances de continuer à rester ainsi à moyen terme, servira 
surtout à augmenter les profits des entreprises de l'agro-industrie. Comme il 
le dit dans son interview, une baisse des prix (la viande bovine pendant 
l'ESB – *note du modérateur* ESB encéphalopathie spongiforme bovine aussi 
appelée maladie de la vache folle -) ne se répercute que rarement sur les 
prix à la consommation. 

De nombreux cas abondent dans ce sens. Le marché du café le montre très bien, 
dans le sens où le prix du paquet de café n'a jamais baissé alors que les 
prix mondiaux ont connu des baisses très importantes suite à la fin effective 
de la régulation des prix du café mené par l'OIC (Organisation international 
du café) jusque dans les années 80.

Les producteurs, souvent faiblement organisés, se retrouvent d'un coté 
dominés par des oligopsones (4 multinationales contrôlent 75% du marché de la 
banane, 5 multinationales achètent 50% du café produit mondialement, 5 
sociétés occidentales transforment 65% du cacao...) et de l'autre dominés par 
des états dont les politiques sont surtout orientés vers le transfert de 
richesses du secteur agricole vers l'industrialisation et également orientés 
vers l'exportation du fait d'une dette qui les rend dépendant des devises 
acquises sur le marché extérieur. 

Il n'existe aucune raison objective de penser qu'une telle structure du 
marché risque de changer. Lorsque l'on observe  la difficulté avec laquelle 
les producteurs argentins ont réussi à ne pas se faire capter par l'état les 
richesses liées à l'augmentation des prix, il est donc probable que de telles 
victoires du monde paysan ne soient que sporadiques dans le monde. En effet, 
l'ordre du jour est bien plutôt à continuer la libéralisation du marché par 
des accords bilatéraux, le cycle de Doha de l'OMC étant en panne. 

Un réveil timide de la Banque Mondial (qui vient tout juste de remarquer que 
beaucoup des 800 millions de personnes malnutris sont des paysans) peux 
laisser espérer un changement idéologique vis-à-vis de l'agriculture.

Toutefois, vu la lenteur d'un tel changement de paradigme, il est bien plus 
probable d'obtenir un résultat semblable à celui des années de vaches maigres 
du début des années 70, qui avaient vu la communauté internationale dans 
l'incapacité de fournir de l'aide alimentaire en quantité suffisante du fait 
de stocks céréaliers insuffisants. On se souviendra du million de morts de la 
famine du Bengale en 1974 analysé par Amartya Sen, ou de la centaine de 
milliers dans la même période dans le Sahel. 

Les marchés mondiaux porteurs sont surtout l'annonce d'une captation de 
richesse plus grande par des entreprises internationales (qui comme on peut 
l'observer aujourd'hui attirent donc les investissements sur les marchés 
financiers) et la chronique de famines annoncées, dont les émeutes de la faim 
ne sont que le macabre prologue.

Pour que cette augmentation des prix profitent aux producteurs il faudra donc 
trouver un moyen (qui reste à inventer) de limiter les captations de 
richesses de ceux qui font le commerce des produits agricoles. Ceci ne 
risquant que très peu probablement d'arriver car il nécessiterait un 
changement radical de l'organisation du marché. 
L'age d'or des productions locales viendra donc le jour où le déclin de la 
production pétrolière poussera à une relocalisation des productions. Les 
estimations du pic pétrolier (par exemple, CNOOC la compagnie d'état chinoise 
le situe entre 2005 et 2010) donne à ce scénario une pertinence à court terme.



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