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- Subject: [nourrir] [ecolo] Des reglementations couteuses et des autorites fortes sont necessaires
- Date: Thu, 24 Apr 2008 14:54:31 +0200
Titre **Des réglementations coûteuses et des autorités fortes sont
nécessaires**
°°° Hubert DE BON, agronome au CIRAD, se présente et répond à la question 3.
Selon lui, il existe deux attitudes pour la préservation de l’environnement,
celle conservatoire, et celle dynamique. Il se situe dans l'attitude (2) où
l'agriculture est une activité humaine visant à modifier l'environnement pour
sa survie et améliorer son bien-être. Il évoque les zones de « mise en défens
» en Afrique et de « jardins maraîchers » en zone péri-urbaine de l’Afrique
sub-saharienne. Dans les deux cas, il considère qu'il y a eu préservation de
l'environnement avec un accroissement de la biodiversité, mais la présence
d'une autorité supérieure forte (administration des eaux et forêts /
municipalité) a été nécessaire. Les solutions passent par des réglementations
coûteuses et des autorités fortes auxquelles les discussion / gestion
participative / dialogue peuvent contribuer, mais seront insuffisant. Il
conclut en rappelant que l’agriculture n’est pas la seule à interagir avec
l’environnement mais les autres activités humaines aussi ont leur rôle à
jouer.°°°
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Hubert DE BON se présente
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agronome, phytotechnicien des cultures maraîchères, jardinier tropicaliste
depuis 30 ans, CIRAD
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Question 3 *De quelles façons l'agriculture peut-elle contribuer à la
préservation de l'environnement ?*
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Quelle préservation de l'environnement veut-on faire ?
- Une attitude totalement conservatoire, basée sur la philosophie que la
nature est bonne, où les techniques de l'homme ne sont pas les bienvenues ,
- ou une attitude dynamique où la société humaine et son environnement
interagissent pour améliorer le bien -être de tous les hommes.
Je me situe dans l'attitude (2) où l'agriculture est une activité humaine
visant à modifier l'environnement pour sa survie et améliorer son bien-être.
Donc, je prends le risque de changer l'environnement et de le "dégrader" ;
mais que veut dire dégrader ? C'est dégrader du point de vue humain. Donc,
une dégradation pouvant conduire à la disparition de l'homme de la terre.
Mais, à mon avis, c'est une fausse question. Au moment où l'on pense aller
coloniser sur Mars, faut-il se préoccuper de la vie sur Terre, si l'homme
envisage de ne plus y vivre? Ces quelques mots pour dire que l'on souhaite
que l'agriculture préserve le monde vivant à peu près comme il est, avec sa
population humaine, ses saisons, sa diversité biologique et un climat qui ne
change pas trop.
Des déplacements, des visites des séjours en Afrique m'ont permis de
constater l'efficacité au moins visuelle et en biomasse localisée, en zone
rurale, de la "mise en défens": une clôture autour d'un espace délimité pour
y empêcher le pâturage. Cette technique a été utilisée par une administration
très autoritaire avec succès en France lors des grands reboisements du XIXe
siècle. Elle permet de restaurer dans les zones sahéliennes une végétation
arbustive et de forêt, avec sans doute une faune importante. Mes
connaissances ne me permettent pas de dire s'il y a un maintien ou un
accroissement de la biodiversité végétale ou animale. Mais, est-ce que cela
permet de mieux nourrir les habitants qui vivent autour ? J'en doute. A part,
y couper et ramasser du bois de feu. Cependant, ces zones pourraient être
considérées comme des réserves de bioénergie et de diversité biologique. Qui
peut le faire ?
D'un autre côté, les jardins maraîchers périurbains en zone sahélienne
offrent une diversité de cultures, dont certaines n'ont été introduites que
très récemment, comme le radis chinois ou le chou-fleur ou le brocoli... Il y
a eu une augmentation de la diversité cultivée. Malgré des usages
intempestifs et anarchiques de pesticides, ces systèmes sont durables, mais
assez mobiles du fait de la pression foncière urbaine. Ces initiatives sont
le plus souvent spontanées, bien qu'il faille un engagement des collectivités
locales pour gérer la pression foncière. Mais, ces cultures génèrent des
pollutions des sols et des eaux qui sont maintenant l'objet de l'attention
des pouvoirs publics. Mais dans ces systèmes qui font largement usage des
techniques intensives, y compris la gestion de la biodiversité cultivée
(espèces, variétés), les solutions techniques par contre elles sont peu
nombreuses ; elles conduiront, si on se base sur les avancées obtenues en
agriculture biologique à des baisses de rendement, et/ou à des baisses de la
diversité des légumes offerts localement.
Dans les deux cas "mise en défens" et "jardins maraîchers", je considère
qu'il y a eu préservation de l'environnement avec un accroissement de la
biodiversité.
Ce sont deux types d'agriculture, dans deux zones différentes qui peuvent se
mélanger, se re-différencier, s'identifier… Mais cette préservation de la
biodiversité, pour être efficace, nécessite la présence d'une autorité
supérieure forte (administration des eaux et forêts / municipalité), dans un
cas pour faire respecter le non-paturage sur un an, dans l'autre cas pour
maintenir le jardin maraîcher multispécifique et si nécessaire faire baisser
l'usage des polluants par des recherches de techniques moins polluantes.
Qui peut le faire ? Est-ce réaliste de l'envisager ? Qui prendra en charge
les coûts humains (de police, de justice, technique et de recherche) ? Dans
tous les cas, les solutions passent par des réglementations coûteuses et des
autorités fortes auxquelles les discussion / gestion participative / dialogue
peuvent contribuer, mais seront insuffisant.
Le sujet est lancé depuis les années 60s ; l'agriculture existe toujours ;
elle a assuré une certaine préservation de l'environnement dans 'espace qu'on
lui a laissé, pour son maintien et son évolution ; mais les autres activités
humaines (transport, habitats, tourismes, industries, santé) n'ont pas
préservé l'environnement.
--
Hubert DE BON
Unité de recherche Production fruitière intégrée
Département PeR6ST
CIRAD
TA B-77 / PS 4
Boulevard de la Lironde
F- 34398 Montpellier cedex 5
www.cirad.fr/ur/production_fruitiere
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