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- Subject: [nourrir][trade]Satisfaire consommateurs et producteurs grace au couple grande distribution-vente directe ?
- Date: Tue, 29 Apr 2008 09:22:05 +0200
***Satisfaire consommateurs et producteurs grâce au couple grande
distribution-vente directe ?***
°°° René MOONENS, administrateur de l’ASBL, se présente et réagit à la
question 1. Il commence par faire un point sur les définition des
biocarburants et agrocarburants. Selon lui, il est presque certain que la
hausse des prix des céréales va se poursuivre, même si elle sera transitoire
(tant que de nouveaux carburants ne remplaceront pas les agro et bio
carburants). Il affirme que durant cette phase, les petits agriculteurs vont
disparaître dans les pays du Nord malgré la forte demande émanant de
certains consommateurs car ce sont principalement l’industrie agroalimentaire
et la grande distribution qui vont bénéficier des effets de cette hausse des
prix. Au contraire, dans les pays du Sud, cette hausse des prix pourrait être
favorable aux petits agriculteurs autochtones. Il cite quelques conditions
essentielles qui permettraient à ces petits agriculteurs, qui auraient
subsistés, d’augmenter leurs productions. Quant à la divergence entre
producteurs et consommateurs, selon lui, le maintien des deux interfaces
différents que sont, la vente directe du producteur au consommateur et la
vente via la grande distribution et notamment les hard-discount, permet de
satisfaire les consommateurs de toute condition sociale.
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Présentation
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Ing. René MOONENS, administrateur de l’ASBL « CRDD – Centre Régional du
développement Durable. » (
http://www.crdd.be) .
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*Question 1 : Quelles sont les chances de productions locales dans un
contexte caractérisé par les marchés mondiaux porteurs ?*
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Il semble nécessaire, avant tout commentaire, de clarifier la terminologie
relative aux ressources énergétiques renouvelables de la famille des
carburants.
Les *biocarburants* (éthanol, méthanol ) constituent une ressource
énergétique renouvelable issue du traitement de la biomasse, telle que de la
paille, les déchets agricoles ou forestiers, par gazéification suivie de
vaporoformage ou par biométhanisation.
Les *agrocarburants* (methyl ester, éthanol) constituent une ressource
énergétique renouvelable issue du traitement de céréales oléagineuses,
telles que colza, blé, betteraves..., par trituration suivie de fermentation
et de distillation.
>
*Est-ce-que la hausse des prix va se poursuivre et profiter aux agriculteurs
>
des pays du Sud ?*
Le secteur pétrolier face à la forte augmentation du prix du pétrole a
encouragé l’ajout d’*agrocarburant* aux carburants fossiles. Cette situation
a entraîné une réduction importante des espaces agricoles de production
vivrière. Réduction de production vivrière, qui ajoutée aux mauvaises
récoltes de l’année passée, dues au changement climatique en cours, a
fortement entamé le stock mondial de céréales et contraint certains états à
fixer des quotas d’exportation de ces denrées alimentaires. C’est cette
situation qui a finalement entraîné une pénurie de céréales sur le marché
libre et l’augmentation des prix.
D’autant plus que l’amélioration du niveau de vie des Chinois et des Indiens
avait déjà entraîné une demande accrue en alimentation carnée. Augmentation
qui n’a été rendue possible que par une augmentation importante de
l’utilisation de céréales pour l’alimentation du bétail.
Il est presque certain que la hausse des prix des céréales va se poursuivre,
sur le marché mondial, en raison de la limitation, de par le monde, de
l’extension des zones agricoles ne mettant pas en péril l’équilibre des
écosystèmes, en raison des limites de l’agriculture intensive de par
l’épuisement des sols, en raison du contrôle et du monopole par certaines
sociétés multinationales des semences génétiquement modifiées permettant
d’accroître les rendements agricoles. Cette hausse des prix pourrait se
maintenir tant que de nouvelles techniques de production d’énergies
renouvelables, probablement issues de l’hydrogène, ne viennent remplacer les
agro et bio carburants.
Durant cette phase transitoire, nous amenant à ces nouvelles techniques, les
petits agriculteurs vont disparaître dans les pays du Nord. Cette
disparition se fera malgré la forte demande émanant de certains consommateurs
désireux d’acheter des denrées alimentaires de qualité singularisées par leur
saveur et leur valeur nutritionnelle. Denrées alimentaires que l’industrie
agroalimentaire n’est plus en mesure de nous fournir car elle s’est orientée
vers des produits sélectionnés ou génétiquement modifiés pour permettre leur
conservation à longue durée, pour réduire le coût de leur production, pour
obtenir une homogénéisation de leurs dimensions et de leur aspect «
esthétique », pour réduire leur biodiversité.
Il convient cependant de remarquer que cette hausse des prix ne se répartit
pas équitablement, dans les pays du Nord, entre les différents acteurs de
l’interface producteur/consommateur. L’augmentation des frais inhérents au
transport des denrées alimentaires à partir des différents centres de
production, répartis aux quatre coins du monde à fin de permettre
l’approvisionnement tout au long de l’année, l’augmentation des frais
inhérents à l’aménagement et à l’exploitation des points de vente, étant des
paramètres incompressibles dans cette filière de l’industrie agroalimentaire
ont été largement répercutés sur les prix de vente des grands chaînes de
distribution. Mais par contre les prix d’achat offert par cette même filière
aux denrées produites par les petits agriculteurs a diminué. Ce sont donc
principalement l’industrie agroalimentaire et la grande distribution qui ont
bénéficiés des effets de cette hausse des prix.
Dans les pays du Sud, cette hausse des prix pourrait être favorable aux
petits agriculteurs autochtones, pour autant que le pouvoir d’achat de la
population s’améliore et que ces petits agriculteurs aient subsisté. En effet
l’augmentation du prix des céréales permettrait de relancer la production
locale qui était en difficulté suite au « dumping agricole » pratiqué
précédemment par l’OMC via des subsides alloués à leurs producteurs.
>
*A quelles conditions les paysans du Sud peuvent augmenter leurs productions
>
?*
Les conditions essentielles qui permettraient a ces petits agriculteurs, qui
auraient subsistés, d’augmenter leurs productions sont notamment:
*la possibilité pour eux d’avoir accès à des terres arables de qualité ;
*d’avoir accès aux semences et à des intrants de qualité;
*d’avoir accès aux technologies de production d’énergie électrique d’origine
solaire ;
*d’assurer la maîtrise de l’eau ;
*la réalisation par l’Etat des infrastructures permettant l’accès aux marchés.
>
*Les producteurs ont besoin de prix stables et élevés. Et les Etats sont
>
confrontés aux besoins des consommateurs au pouvoir d’achat parfois très
>
faible. Comment concilier les intérêts apparemment divergents ?*
L’interface entre les producteurs et les consommateurs, assurée dans les pays
du Nord par l’industrie agroalimentaire et la grande distribution, qui
conditionnent entièrement le consommateur de par un marketing important et
une publicité soutenue, voire excessive, constitue un espace discordant dans
la relation consommateur/producteur. Certes, le consommateur est volatil et
instable dans ses choix et constitue le point faible du processus commercial
de l’offre et de la demande. Le producteur, d’autre part, souhaite des prix
stables et élevés que seul un intermédiaire commercial est susceptible de lui
fournir. Mais le risque encouru, de la sorte, par cet intermédiaire a
forcément un prix.
Le système du circuit économique court, du producteur au consommateur, par
contre, permet au producteur d’obtenir un prix plus équitable pour ses
produits mais sans garantie quantitative de vente. Ce système est cependant
de plus en plus organisé, au niveau de la vente de produits issus de la
culture biologique ou d’une agriculture paysanne.
Certes la grande distribution donne l’illusion, aux moins nantis, de
participer à la consommation (dixit Monsieur Michèle-Edouard Leclerc de la
grande chaîne de distribution Leclerc), en vendant des produits à moindre
prix. Produits moins chers, qui ressemblent à ceux vendus ailleurs, à un prix
plus élevé, mais qui sont différents ne fusse que par leur conditionnement.
Le maintien, à la fois, de ces deux interfaces différents, la vente directe
du producteur au consommateur et la vente via la grande distribution et
notamment les hard-discount, permet de satisfaire les consommateurs de toute
condition sociale.
Mais cette dualité n’écarte cependant pas le problème de la qualité
nutritionnelle de certains produits alimentaires mis sur le marché, à bas
prix, et rendus attractifs par des publicités bien ciblées, ainsi que le
problème de l’éducation des jeunes consommateurs par rapport à cette
publicité et à la consommation de ces produits.
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